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L'histoire de votre bijou - 6

Bienvenue dans l’espace des histoires.




La pleine conscience du chat

Il était une fois un chat.

Un chat grassouillet.


Un chat dont la plus grande performance sportive consistait à changer de position sans vraiment se lever.


Ce chat passait ses journées à la fenêtre, installé comme un roi sur son trône de sieste. Il ne surveillait pas le monde : il le jugeait silencieusement. 

Les fleurs pouvaient bien éclore sans lui, les papillons virevolter à leurs risques et périls… lui préférait humer leur parfum, les yeux à moitié fermés, convaincu qu’il faisait déjà beaucoup trop d’efforts.


Fainéant ? Non.

Expert en économie d’énergie.


Pantouflard assumé, il avait compris une chose essentielle : courir ne rend pas toujours heureux.


 Parfois, rester là, respirer, profiter, c’est largement suffisant. L’hiver passé, le soleil revenu, il savourait chaque rayon comme une récompense pour n’avoir strictement rien fait.


Un jour, ce chat fut immortalisé. Et avec lui, sa philosophie.


Depuis, sa paresse s’est transmise à une multitude de compères à travers le monde. Chats, humains, rêveurs invétérés… tous ceux qui, de temps en temps, choisissent de ralentir sans culpabiliser.


La morale ?

La vie n’est pas une course.

Parfois, le vrai luxe, c’est de s’arrêter à la fenêtre, sentir les fleurs… et se rappeler qu’on a parfaitement le droit de ne rien faire — mais de le faire très bien.




La perdrix des neiges



La légende raconte qu'un jeune renardeau chassait les perdrix des neiges, rapide et léger sur la glace.


Un jour, l’une d’elles s’envola trop haut, laissant derrière elle un filon de paillettes comme une traîne d’étoiles oubliée.


Dans un élan insensé, le renardeau bondit

et la saisit au vol.

Le ciel, témoin de cet exploit, s’ouvrit un instant

et peignit sa fourrure de reflets d’horizon.


Depuis ce jour, sa robe blanche porte des taches bleutées du ciel d’hiver, et scintille de paillettes argentées et dorées, héritage éternel de la perdrix des neiges.




L’éclaireur des mers



On raconte qu’autrefois vivait un poisson vaillant.


Il nageait sans relâche, contre les courants,

traversant les mers sombres et les tempêtes silencieuses.


Touchés par son courage,

les dieux lui offrirent les étoiles du monde,

qu’ils déposèrent une à une sur ses écailles.


Depuis ce jour, lorsqu’il fend les eaux profondes,

sa lumière guide les pêcheurs égarés,

et même dans les nuits les plus sombres,

nul n’est jamais vraiment seul.




La femme dans la Brume


Elle marchait vite, trop vite, comme si les pavés eux-mêmes la poursuivaient.

Sous ses bottines, la rue sonnait d’un bruit sec, régulier, et la brume du matin s’accrochait aux façades comme un voile de cendre. Les ruelles étaient étroites, les maisons hautes, les toits penchés, et les lanternes finissaient de mourir dans un dernier souffle d’huile.

Elle était enveloppée d’une grande cape de lin brun, lourde sur les épaules, tirée jusqu’au menton. Elle dissimulait ses longs cheveux noirs de jais, trop libres, trop indisciplinés pour une cité qui aimait les femmes dociles. Ses yeux, couleur d’ébène, ne se contentaient pas de regarder : ils traversaient. Ils forçaient les hommes à détourner la tête et les commères à ravaler leurs mots.

Et elle portait quelque chose contre elle.

On ne distinguait pas bien quoi, car sa démarche avalait l’espace. Une main serrée sous la cape, l’autre prête à repousser quiconque se serait avisé de lui barrer le passage. Elle filait, se faufilait, glissait entre les étals encore fermés, les pierres humides, les portes bardées de fer.

Au détour d’une venelle, elle disparut.

La brume la prit comme un secret.

On dit, depuis, que cette nuit-là, une pièce manqua au trésor du bailli : une bague-sceau, ancienne, gravée du signe royal. Une preuve. Un poids. Une clé. Sans elle, un traître pouvait prétendre au nom du roi, lever des hommes, acheter des serments, allumer une guerre dans l’ombre.

Mais elle ne volait pas pour l’or.

On racontait qu’elle avait surpris, au cœur d’une salle froide, une parole de trop. Un projet de sang. Une vente de loyauté. Et que sa cape n’avait pas servi à cacher une bourse… mais à protéger une vérité.

Elle courut ainsi plusieurs jours, d’auberge en écurie, de sentier en chemin creux, jusqu’à atteindre la forteresse. Les remparts se dressaient comme une mâchoire de pierre, dominant le village en contrebas. Autour, la forêt était dense, sombre, pleine de craquements et de bêtes qu’on n’aimait pas nommer. Les loups y avaient leurs habitudes, et les hommes y entraient rarement sans une lame et un signe de croix.

Lorsqu’elle remit la bague-sceau, elle ne demanda rien.

Elle se contenta de regarder le roi droit dans les yeux. Ce regard-là, on ne l’oubliait pas. Et ce fut sans grandes phrases qu’il la fit appeler, le lendemain, devant sa chevalerie. On lui donna une épée. On lui donna un nom. On lui donna une place.

On disait qu’elle avait été nommée chevalier.

Et, certains matins, lorsque l’aube commençait à peine à soulever la brume, on croyait l’apercevoir, à la tête d’un petit groupe, quittant la forteresse au pas décidé. Des hommes courageux marchaient à ses côtés, casques bas, capes lourdes, lances en main. Mais c’était elle qui menait. Elle qui ouvrait la voie, comme si elle connaissait déjà le chemin d’avance.

Car sa quête n’était pas celle des chants et des ménestrels.

C’était une quête de vérité, de justice, et de silence à rendre au royaume.

Puis tout se dissipa.

Elle s’éveilla d’un coup, le cœur encore au galop, la respiration courte, comme si ses poumons sortaient de la brume. La chambre était calme. La nuit n’avait plus de loups, plus de fer, plus de remparts. Et pourtant… ses mains tenaient quelque chose.

Sa parure.

Le pendentif reposait dans sa paume comme un petit monde scellé : une scène profonde, presque vivante, où l’on devinait une ville ancienne, des toits, des ruelles, une forêt, un relief. Les boucles d’oreilles, assorties, portaient la même brume, la même mémoire, comme deux fenêtres ouvertes sur le même rêve.

Elle eut ce soulagement doux de revenir au réel. Et, en même temps, cette pointe de tristesse : le rêve avait été trop court.

Alors elle sourit.

Parce qu’elle savait, désormais, qu’elle n’avait pas besoin de courir dans les ruelles pour y retourner. Il lui suffirait, quand elle le voudrait, de plonger les yeux dans cette création faite pour elle… et de laisser la brume reprendre sa place, juste derrière son regard.


Créa d'art numero 14

 
 
 

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