La légende des six
- limbesardentes
- 24 févr.
- 7 min de lecture
Nerelys, Gardien des Profondeurs

La nuit de sa naissance, le ciel était sans étoiles. La lune seule veillait, immense et pâle, suspendue au-dessus d’un lac si sombre qu’il semblait absorber la lumière au lieu de la refléter. L’eau était noire, lisse comme une pierre polie, silencieuse comme un secret que l’on n’ose pas confier.
Aucune brise ne frôlait les roseaux. Aucun insecte ne venait rayer la surface, même le monde paraissait retenir son souffle.
Puis l’eau frémit.
D’abord presque imperceptiblement, comme un battement de cœur sous la peau du lac. Une ondulation circulaire s’étira vers les rives… et au centre de cette eau d’encre, une forme émergea lentement. Un dragon. Long, élancé, d’une finesse presque irréelle.
Ses écailles n’avaient pas la rugosité des dragons de montagne : elles étaient lisses, presque translucides, et la lumière lunaire y glissait en nuances de bleu profond et d’argent pâle, comme si son corps avait été façonné dans une eau solidifiée. Il ondulait avec une grâce naturelle, comme s’il n’était pas né pour marcher, mais pour glisser entre les mondes. Ses ailes, fines et nervurées, ressemblaient davantage à des voiles qu’à des armes.
Puis ses yeux s’ouvrirent. Ils étaient immenses. Pas simplement grands — immenses.
Clairs, presque blancs, comme un éclat de lune vivant. Il n’y avait pas d’ombre dans ce regard, seulement une clarté intense… si pure qu’elle en devenait troublante. On aurait dit que la lune elle-même avait déposé un fragment de son éclat au fond de ses pupilles.
Et dès cette première seconde, quelque chose vibra en lui. Pas la fierté d’un prédateur. Pas la joie d’une force nouvelle mais une conscience.
On le nomma Nerelys.
Il était né de l’eau. Et dès sa première respiration, il sentit sa propre fragilité — non dans son corps… mais dans ce qu’il percevait, car Nerelys ne découvrit pas le monde comme les autres dragons.
Il ne regardait pas simplement les choses, non, ce dragon les absorbait.
Le clapotis de l’eau contre la berge devenait une vibration dans son ventre. Le froissement d’une aile d’oiseau lui déposait un courant froid le long de l’échine. Même le silence n’était pas vide : il avait une texture, une densité, une humeur.
Quand le vent se levait au loin, Nerelys frissonnait avant même que les roseaux ne bougent. Quand un animal s’approchait du lac avec inquiétude, son cœur s’accélérait sans qu’il sache pourquoi.
Il ressentait les émotions comme d’autres ressentent la pluie.
Et à force de tout ressentir… il commença à redouter ce qu’il ne contrôlait pas.
Les profondeurs l’appelaient et l’effrayaient.
La Fêlure
Les autres dragons grandissaient différemment.
Le dragon de Métal par exemple , aux écailles sombres et luisantes comme une lame polie, avançait sans hésitation. Rien ne semblait l’ébranler. Il parlait peu, mais chacune de ses paroles sonnait nette, précise, indiscutable.
Un jour, alors qu’ils observaient le lac ensemble, il déclara d’une voix calme :
« Un gardien ne tremble pas. »
Ce n’était pas une attaque, pas vraiment, mais Nerelys la reçut comme une fissure.
Parce que lui… il tremblait.
Il tremblait quand les vents changeaient brusquement. Il tremblait quand les silences devenaient lourds. Il tremblait quand ses propres pensées devenaient trop bruyantes.
Alors, pour la première fois, il se demanda s’il était… défectueux.
La Chute
Ce soir-là, sous la lune, Nerelys ne s’approcha pas du lac par curiosité.
Il s’y rendit par défi, pas contre les autres mais contre lui-même.
Il voulait prouver qu’il n’était pas fait uniquement de frissons et de sensations. Il voulait être solide, imperturbable, inébranlable, exactement comme le Dragon du Métal.
Il s’étira au-dessus de l’eau noire, son long corps fin penché vers son reflet tremblant.
« Je ne tremblerai pas », murmura-t-il.
Un bruit sec retentit derrière lui. Un craquement. Sans doute une branche qui cédait sous le poids d’un animal invisible, rien de très important, mais pour Nerelys, ce fut une détonation.
Il sursauta. Ses ailes se crispèrent et il perdit l’équilibre.
Son monde bascula en un instant. Il n’eut pas le temps de battre des ailes. L’eau l’engloutit instantanément.
La Panique
Le choc fut brutal. Froid, dense, total.
L’eau referma sa surface au-dessus de lui comme si rien ne s’était passé.
Quand Nerelys ouvrit les yeux, tout était sombre. Pas noir mais sombre mouvant. Épais et vivant.
Il tenta de bouger. Ses ailes rencontrèrent la résistance de l’eau. Ses pattes cherchèrent un appui qui n’existait pas.
Il savait qu’il était un dragon d’eau. Il savait qu’il pouvait respirer, mais la peur ne connaît pas la logique.
Son cœur se mit à battre trop vite. Trop fort. Il eut l’impression que l’eau se rapprochait, qu’elle appuyait sur sa poitrine, qu’elle entrait dans ses pensées.
Il voulut respirer… et se retint. Parce que son esprit criait :
« Ne respire pas. Tu vas te noyer. »
Il retenait son souffle.
Sa vision se troubla et l’obscurité devint plus épaisse. Il se débattit, non contre l’eau… mais contre sa panique.
Plus il luttait, plus il s’enfonçait. Plus il s’enfonçait, plus il perdait la surface.
Il fut pris d'un vertige. Une pression immense s’immisça dans la tête.
Puis… plus rien.
Le Réveil
Quand il rouvrit les yeux, le monde était brûlant.
Le soleil frappait la rive et l’herbe était sèche sous ses flancs. Ses écailles encore humides scintillaient sous la lumière.
Il haleta., inspira profondément. Encore et encore.
Comme pour vérifier que l’air entrait bien.
Il n’avait jamais manqué d’air, il le savait. Il avait manqué de confiance.
La noyade n’était pas venue de l’eau. Elle était née de sa peur.
À partir de ce jour, la surface du lac cessa d’être un miroir.
Elle devint une menace silencieuse. Un simple clapotis le faisait reculer. Un oiseau dans les roseaux suffisait à tendre tous ses muscles. Et la nuit… la nuit ramenait la chute, encore et encore, derrière ses paupières.
Il évitait les grottes. Il évitait les profondeurs. Il évitait les conversations qui descendaient trop loin.
Il restait en surface. Toujours en surface. Et plus il évitait, plus la peur grandissait.
Car la peur non traversée ne disparaît pas. Elle s’organise. Elle se multiplie. Elle transforme un souvenir en menace permanente.
Un soir, face au lac, Nerelys comprit quelque chose d’effrayant :
Il n’avait plus peur de l’eau. Il avait peur de lui-même.
La Descente
Les saisons passèrent et Nerelys ne vivait plus.
Il surveillait son souffle, calculait ses pas. Évitait ses pensées.
Chaque respiration était un contrôle et chaque silence une alerte.
Puis vint une nuit sans lune.
Le lac était noir sans reflet.
Nerelys s’avança.
Non pour se prouver quelque chose, non pour être courageux comme la dernière fois mais parce qu’il était fatigué de fuir.
Fatigué d’être en surface, fatigué de s’étouffer à l’air libre.
Il regarda l’eau et pour la première fois, il n’y vit pas un danger.
Il y vit une réponse. Il était temps d'en finir.
Alors il sauta, sans émotions aucune.
L’eau l’engloutit sans bruit. Il ne battit pas des ailes et ne chercha pas la lumière.
Il se laissa sombrer. Encore et encore.
Les couches d’eau devenaient plus froides, plus denses, plus silencieuses. La pression augmentait autour de lui.
Son esprit cria une seconde : « Remonte. »
Et puis… il relâcha.
Il laissa l’eau l’entourer. Il laissa la panique monter … et passer.
Car la panique, sans lutte, n’a pas d’accroche. Il attendait la mort sereinement.
Ce fut lorsque la lumière disparut totalement et que le noir fut absolu qu'il il crut toucher le fond.
Mais ce n’était pas un fond. C’était un seuil.
Le Cœur des Profondeurs
Au lieu de s’écraser, il traversa.
L’eau devint tiède, puis lumineuse.
Sous lui s’ouvrait un monde qu’il n’avait jamais osé imaginer.
Des forêts d’algues phosphorescentes ondulaient doucement. Des créatures translucides dérivaient comme des étoiles inversées. Des roches anciennes pulsaient d’une lumière douce, comme un cœur battant sous la terre.
Il ouvrit grand les yeux, il n’était pas tombé vers la mort, il était descendu vers lui-meme
Plus il acceptait de descendre, plus son corps redevenait fluide. Plus il cessait de contrôler, plus il retrouvait l’équilibre.
Il inspira et cette fois, il ne retint pas son souffle.
L’eau entra et ne brûla pas, ne noya pas.
Elle porta.
La Vérité
Dans l’obscurité la plus profonde, il n’y avait plus de courant, plus de bruit, plus de pression.
Seulement lui. Sans fuite. Sans comparaison. Sans regard posé sur ses tremblements.
Et une vérité monta, lente et implacable :
Ce n’était pas la peur de l’eau qui l’avait rongé; ce n’était même pas la peur de mourir.
C’était la peur d’être différent.
Différent du Métal, solide et inébranlable. Différent du Feu, flamboyant et audacieux.Différent des autres qui semblaient avancer sans se fissurer.
Il avait cru que ressentir trop était une faiblesse. Que trembler était un défaut. Que la profondeur était une fragilité.
Alors il avait tenté de se lisser, de rester en surface, de devenir moins lui et c’est cela qui l’avait étouffé.
L’effort constant de ne pas être ce qu’il était l'avait fait mourir doucement.
Une chaleur douce naquit autour de lui. L’eau ne le jugeait pas.
Elle ne le comparait pas, elle l’acceptait et pour la toute première fois… il s’accepta aussi.
La Remontée
Quand Nerelys choisit de remonter, l’eau ne le repoussa pas, elle l’accompagna, comme s’il faisait enfin corps avec sa nature.
À mesure qu’il s’élevait, quelque chose changea :
Ce n’était pas la peur qui disparaissait, c’était la résistance qui prenait place.
Il ne cherchait plus à être solide comme le Métal. Il n’enviait plus l’ardeur du Feu.
Il était Eau et l’eau ne frappe pas.
Elle épouse, elle nourrit, elle transforme.
Quand il perça la surface, l’aube se levait, le ciel était pâle et le monde retenait son souffle.
Et alors, sans colère, sans effort… il appela la pluie.
Pas une tempête mais une pluie fine. Précise. Mesurée.
Les nuages s’assemblèrent à son appel silencieux et les premières gouttes tombèrent.
Il ne forçait rien. Il ressentait déjà l’hésitation d’une biche à la lisière. À ses pieds, l’eau se rassembla a la demande du dragon. Une flaque claire se forma dans l’herbe.
La biche s’approcha et but.
Nerelys comprit.
Ce qu’il avait toujours vécu comme une faiblesse — cette hypersensibilité, ce trop-plein de sensations — était une capacité.
Il percevait les besoins avant qu’ils ne soient exprimés. Il ressentait les déséquilibres. Il savait où déposer la pluie. Sa sensibilité n’était pas un fardeau.
C’était une boussole.
La Prairie des Six
La pluie cessa et le ciel s’ouvrit.
Guidé par un appel ancien, Nerelys rejoignit la prairie cachée — celle qui ne s’offre qu’aux dragons liés par le Serment.
L’herbe était encore humide sous ses pas.
Au centre du cercle, Ignivar se tenait droit : sa flamme enfin stable, portant le fragment de la Volonté.
Leurs regards se croisèrent. Pas de comparaison. Pas de rivalité.
Seulement la reconnaissance.
Les autres dragons formaient déjà le cercle. L’Éther projetait une ombre constellée sur les fleurs. Le Métal brillait comme une lame sous le matin naissant.
Nerelys avança et l’air se chargea d’humidité. Une brume légère se leva autour de lui.
Quand il prit place, son fragment s’éleva à son tour.
La sagesse
La Volonté et la Sagesse brillèrent côte à côte.
Et pour la première fois, Nerelys comprit :
La Volonté sans Sagesse brûle. La Sagesse sans Volonté se perd.
Mais ensemble… elles guident.
Les Limbes Ardentes
La volonté Initie
La sagesse oriente
A suivre
La Stabilité empêche l’effondrement
La résilience endure
La Croissance permet l’évolution.
L’Harmonie relie l’ensemble.




Sujet qui touche les tdha , hypersensibles, dépressifs, qui n'ont pas confiance en eux et qui ne s'acceptent pas ...
La Sagesse , oui il en faut .
Belle histoire ❤️.
Merci 🌸